Étape 4 du TMB : descente du Val Veni, du Rifugio Elisabetta à Courmayeur

Val Veni et glacier du Miage - TMB Étape 4 : du Rifugio Elisabetta à Courmayeur

Altimood, Mise à jour le

Depuis la Suisse, le massif du Mont-Blanc est presque un voisin. Genève est à moins de deux heures de Chamonix, Lausanne à peine plus. Mais le versant que l'on parcourt lors de cette quatrième étape du Tour du Mont-Blanc, le versant italien, reste un autre monde, même pour les Suisses romands habitués aux Alpes. Au petit matin, depuis la terrasse du Rifugio Elisabetta, le Mont-Blanc est encore dans l'ombre, le Lac Combal dort en contrebas, et la longue descente à travers le Val Veni s'annonce comme l'une des plus riches en contrastes du circuit.

Cette étape n'est pas celle des cols ni des efforts prolongés : c'est celle du regard. On marche au pied du massif, pas au-dessus, et le spectacle est latéral, continu. Le glacier du Miage, le plus long glacier d'Italie, déroule ses dix kilomètres de débris rocheux juste au-dessus du sentier. La face de la Brenva, haute de 1 500 mètres, domine l'horizon nord-est. Et au terme de la descente, Courmayeur accueille le randonneur avec ses terrasses, ses fontaines et toute l'élégance tranquille de la vallée d'Aoste.

Chez Altimood, nous accompagnons régulièrement des randonneurs suisses sur le TMB. Beaucoup connaissent déjà les grandes parois des Alpes valaisannes ou bernoises ; la face sud du Mont-Blanc leur réserve pourtant une surprise : sa verticalité, sa noirceur, sa sauvagerie ont peu d'équivalents dans les Alpes helvétiques. Cette étape est souvent celle qui les impressionne le plus.

Cet article détaille l'itinéraire du Rifugio Elisabetta à Courmayeur, avec la variante du Mont Favre, les données terrain, les hébergements et ce qu'il faut savoir sur le glacier du Miage, la face de la Brenva et l'arrivée à Courmayeur.

L'itinéraire : profil, carte et GPX

1000 m1500 m2000 m2500 m0 km5 km10 kmCabane du Combal · 1978 mCol Chécrouit · 1954 m

L'étape 4 en résumé

Distance~18 km
Dénivelé positif+480 m
Dénivelé négatif-1 450 m
Point hautRifugio Elisabetta (2 195 m)
Durée estimée5h30 à 7h de marche effective
Difficulté2/5
DépartRifugio Elisabetta Soldini (2 195 m)
ArrivéeCourmayeur (1 224 m)

Note sur le découpage : dans les itinéraires en 7 jours, cette étape est souvent fusionnée avec la fin de l'étape 3, en partant directement du col de la Seigne vers Courmayeur. L'itinéraire décrit ici part du Rifugio Elisabetta, le découpage le plus courant en 11 étapes classiques. Certains topo-guides découpent aussi cette section en ajoutant une nuit à Maison-Vieille (Col Chécrouit), ce qui donne une étape plus courte.

Le Lac Combal et le début du Val Veni

Le sentier quitte le Rifugio Elisabetta en descendant vers le Lac Combal, ce lac que les alluvions du glacier du Miage comblent progressivement. En début de matinée, si le vent est absent, la surface réfléchit la face sud du Mont-Blanc dans un miroir imparfait. Le spectacle dure quelques minutes, le temps que le soleil réchauffe la vallée et que la brise se lève.

Le lac occupe le fond d'une cuvette glaciaire bordée de zones humides. C'est un environnement fragile : les tourbières abritent des espèces végétales rares, et le sentier contourne le lac par la rive droite pour préserver les zones les plus sensibles. On marche sur un terrain plat pendant une quinzaine de minutes, une parenthèse presque insolite sur un TMB qui n'en offre guère.

Le glacier du Miage : le plus long glacier d'Italie

Le glacier du Miage est invisible au premier regard. Pas de séracs étincelants, pas de crevasses béantes : ce glacier de dix kilomètres est entièrement recouvert de débris rocheux, ce qui lui confère l'apparence d'un immense champ de pierres en mouvement lent. C'est le plus long glacier de la face italienne du Mont-Blanc et l'un des plus grands glaciers couverts des Alpes.

Cette couverture de moraine joue un rôle paradoxal : elle isole la glace du rayonnement solaire et ralentit la fonte, ce qui explique que le glacier du Miage descend plus bas en altitude que ses voisins à surface nue. La glace est pourtant bien présente sous les pierres, et elle se manifeste parfois de façon spectaculaire : des effondrements de surface créent des lacs temporaires sur le glacier, et des crues soudaines ont marqué l'histoire du Val Veni.

Depuis le sentier du TMB, on longe le glacier par sa rive gauche sans jamais y poser le pied. Quelques panneaux d'information jalonnent le parcours et expliquent la dynamique glaciaire. Pour les randonneurs souhaitant aller plus loin, un sentier latéral permet de monter sur la moraine latérale et d'observer la surface chaotique du glacier de plus près, ce détour n'est pas balisé et requiert de la prudence.

L'Allée Blanche : au pied de la face sud

Le Val Veni porte un autre nom sur les cartes anciennes : l'Allée Blanche. Ce corridor glaciaire de quinze kilomètres, orienté est-ouest, relie le Col de la Seigne à Courmayeur. C'est l'un des grands axes de passage des Alpes depuis l'Antiquité : les Romains l'empruntaient pour rejoindre la Gaule par le col du Petit Saint-Bernard, à quelques kilomètres au sud.

En marchant dans l'Allée Blanche, on est dominé par la face sud du Mont-Blanc sur toute sa longueur. Le contraste avec le versant nord, visible depuis Chamonix, est saisissant : ici, les parois sont plus sombres, plus verticales, plus âpres. L'alpiniste Horace-Bénédict de Saussure, qui explora cette face en 1774 avec le guide Jean-Laurent Jordaney, fut le premier à décrire scientifiquement les moraines du Val Veni, contribuant à l'invention même du mot "moraine" dans son acception géologique moderne.

La face de la Brenva

En levant les yeux vers le nord-est, la face de la Brenva s'impose. C'est l'une des grandes parois des Alpes, haute de 1 500 mètres, mélange de rocher, de glace et de séracs suspendus. Elle a été gravie pour la première fois en 1865 par Adolphus Warburton Moore, Frank Walker, Horace Walker et leur guide Jakob Anderegg, un exploit qui ouvrit l'ère des grandes courses de glace dans les Alpes.

La Brenva est aussi connue pour ses écroulements. En janvier 1997, un pan entier de la paroi s'est effondré, envoyant deux millions de mètres cubes de roche et de glace dans le Val Veni. Le souffle a traversé la vallée et atteint le versant opposé. L'événement a tragiquement coûté la vie à deux skieurs en fond de vallée, rappelant que le Mont-Blanc, de ce côté, reste une montagne profondément instable. Depuis le sentier, la cicatrice de l'écroulement demeure visible en saison sèche.

La descente vers le Col Chécrouit et Maison-Vieille

Après le replat de Combal, le sentier descend progressivement dans la vallée. Le paysage se transforme : les moraines cèdent la place aux pâturages, les mélèzes apparaissent, et l'on commence à entendre les cloches des troupeaux. Le Val Veni est un alpage actif, et les vaches de race valdôtaine y montent chaque été.

Le sentier classique du TMB rejoint le Col Chécrouit (1 956 m) par un chemin en balcon qui offre des vues plongeantes sur la vallée et le glacier du Miage. C'est un tronçon plaisant, en pente douce, qui invite à lever les yeux plutôt qu'à regarder ses pieds.

Refuge de Maison-Vieille (1 956 m)

Au Col Chécrouit, le Refuge de Maison-Vieille constitue un bon point de ravitaillement. La terrasse, face au Mont-Blanc, est l'un des meilleurs endroits du TMB pour un café italien. Les randonneurs qui souhaitent diviser l'étape en deux peuvent y passer la nuit ; ceux qui poursuivent vers Courmayeur n'ont plus que 700 mètres de dénivelé négatif à descendre.

Variante du Mont Favre (2 433 m)

Pour ceux qui souhaitent rallonger la journée et gagner en altitude, la variante par le Mont Favre quitte le sentier principal après le Lac Combal et monte vers le sommet arrondi du Mont Favre (2 433 m). Ce belvédère offre un panorama exceptionnel sur la face de la Brenva, le glacier du Miage et toute la chaîne italienne du Mont-Blanc. La descente rejoint le Col Chécrouit et le sentier classique.

Cette variante ajoute environ 2 heures et 400 mètres de dénivelé positif supplémentaire. Elle est recommandée par beau temps : par brouillard, le sommet du Mont Favre n'offre rien de plus que le sentier de vallée, avec davantage d'effort. C'est la variante que nous choisissons systématiquement lorsque nous guidons le TMB par beau temps, car la vue sur la Brenva depuis le sommet est l'un des moments forts du versant italien.

La descente sur Courmayeur

Depuis le Col Chécrouit, la descente vers Courmayeur suit un chemin forestier bien tracé qui serpente à travers les mélèzes. La pente est régulière, sans passage technique, mais les genoux sont sollicités : 700 mètres de dénivelé négatif sur environ 5 kilomètres. C'est le moment de sortir les bâtons de marche si vous ne les utilisez pas déjà.

Le sentier débouche sur les premiers chalets de Dolonne, faubourg de Courmayeur, avant de traverser la Doire Baltée et d'entrer dans le centre-ville. Le passage du sentier de montagne à la rue piétonne est abrupt : quelques pas, et vous vous retrouvez au milieu des boutiques, des glaciers italiens et des terrasses de café.

Courmayeur (1 224 m) : la mi-temps du TMB

Courmayeur n'est pas un simple village-étape, c'est une ville de montagne à part entière. Station historique du Val d'Aoste, elle a vu passer les premiers explorateurs du Mont-Blanc, les alpinistes de l'âge d'or et des générations de skieurs. Le nom viendrait du latin curia major, la grande cour, en référence à son rôle administratif médiéval.

Pour le randonneur du TMB, Courmayeur marque un tournant. C'est le premier vrai contact avec la civilisation depuis Les Houches. On y trouve tout ce qui manque en montagne : un distributeur de billets (prévoyez des euros, les francs suisses ne sont pas acceptés en Italie), une pharmacie, une laverie, un supermarché, des restaurants où la polenta coûte moins cher qu'un Coca en refuge.

C'est aussi le bon moment pour faire le point sur l'équipement, soigner les ampoules, et prendre une vraie douche chaude. Courmayeur est la ville du TMB où l'on passe le plus volontiers une journée de repos si le programme le permet.

Le Skyway Monte Bianco

Depuis Courmayeur, le téléphérique Skyway Monte Bianco monte en deux tronçons jusqu'à la Pointe Helbronner (3 466 m). La cabine pivotante offre un panorama à 360 degrés sur le massif du Mont-Blanc, les Grandes Jorasses, le Cervin et le Grand Paradis. En haut, une terrasse panoramique et une grotte de glace permettent d'approcher la haute montagne sans corde ni crampons.

C'est un détour d'une demi-journée qui n'a rien à voir avec la randonnée, mais qui offre une perspective unique sur le massif que vous êtes en train de contourner. Comptez environ 50 euros aller-retour, soit environ 48 à 50 francs suisses selon le cours. Notre conseil : y aller tôt le matin, avant l'afflux des bus touristiques.

Hébergement pour cette quatrième étape

À Courmayeur

Courmayeur offre un large choix d'hébergements, du camping à l'hôtel 4 étoiles. Les options les plus pratiques pour les randonneurs du TMB :

En cours d'étape

Conseils pratiques pour cette quatrième étape du TMB

Eau sur le parcours

L'eau est disponible au départ (Rifugio Elisabetta) et au Refuge de Maison-Vieille. Entre les deux, les sources sont rares en milieu d'été. Il est prudent de prévoir 1,5 à 2 litres au départ. À Courmayeur, les fontaines publiques fournissent de l'eau potable fraîche.

Météo et conditions

L'étape se déroule en grande partie en descente, sur un sentier bien tracé. Le risque principal est la chaleur : le Val Veni, orienté est-ouest et encaissé, peut être très chaud en plein été. Partir tôt du Rifugio Elisabetta permet de parcourir la partie haute à la fraîche. En cas d'orage, le refuge de Maison-Vieille offre un abri à mi-chemin.

Ravitaillement

Le dernier point de ravitaillement avant Courmayeur est le Refuge de Maison-Vieille. À Courmayeur, plusieurs supermarchés et épiceries permettent de refaire le plein pour les étapes suivantes du versant italien. C'est le moment d'acheter du fromage Fontina et de la charcuterie valdôtaine, des produits qui évoquent autant la vallée d'Aoste que le Valais voisin, pour qui sait les apprécier.

Logistique et accès

Courmayeur est desservi par un réseau de bus régulier depuis Aoste et le tunnel du Mont-Blanc. Pour les randonneurs suisses, l'accès depuis Genève ou Lausanne en voiture via le tunnel du Mont-Blanc reste l'option la plus directe pour rejoindre ou quitter Courmayeur en dehors des transports en commun. En cas d'abandon du TMB ou de besoin médical, l'hôpital le plus proche est à Aoste (45 minutes en bus). Un service de navettes saisonnières remonte le Val Veni jusqu'au Lac Combal en été.

Les questions fréquentes sur l'étape 4 du TMB

Combien de temps faut-il pour aller du Rifugio Elisabetta à Courmayeur ?

Comptez 5h30 à 7h de marche effective selon votre rythme et les pauses. L'étape est principalement en descente (1 450 m de dénivelé négatif pour 480 m de positif), ce qui sollicite les genoux plus que le souffle. Avec la variante du Mont Favre, ajoutez environ 2 heures.

La variante du Mont Favre vaut-elle le détour ?

Par beau temps, assurément. Le sommet du Mont Favre (2 433 m) offre l'un des panoramas les plus complets sur la face de la Brenva et le versant italien du Mont-Blanc. Par brouillard ou mauvais temps, mieux vaut rester sur le sentier classique qui traverse la vallée : il est déjà très beau et vous conserverez vos jambes pour la suite du circuit.

Peut-on prendre un bus dans le Val Veni pour raccourcir l'étape ?

Oui. Un service de navettes saisonnières dessert le Val Veni entre Courmayeur et le Lac Combal en été. Les horaires varient d'une année à l'autre. C'est une option tout à fait légitime en cas de fatigue, de blessure ou si vous souhaitez consacrer du temps à la visite de Courmayeur. Renseignez-vous à l'office de tourisme de Courmayeur ou au Rifugio Elisabetta.

Que faire à Courmayeur en arrivant du TMB ?

Courmayeur mérite plus qu'une nuit de passage. Si votre programme le permet, une journée de repos est bienvenue à mi-parcours du TMB. Quelques suggestions : le Skyway Monte Bianco (Pointe Helbronner, 3 466 m), les Thermes de Pré-Saint-Didier (à 5 km, accessibles en bus), une promenade dans la vieille ville et ses ruelles pavées, ou simplement une terrasse pour déguster une polenta concia accompagnée d'une Fontina d'alpage.

Le Skyway Monte Bianco vaut-il le détour pendant le TMB ?

C'est une expérience différente de la randonnée, mais complémentaire. Monter à 3 466 m en téléphérique offre une perspective aérienne sur le massif que vous contournez à pied. Le panorama embrasse le Mont-Blanc, les Grandes Jorasses, le Cervin au loin et le Grand Paradis. Comptez une demi-journée et environ 50 euros. Si vous n'avez qu'un jour à Courmayeur et que le ciel est dégagé, c'est une expérience à ne pas négliger.

Où dormir si les hôtels de Courmayeur sont complets ?

Les alternatives sont le camping Val Veni (à la sortie de Courmayeur), le Refuge de Maison-Vieille au Col Chécrouit (en amont, 1 956 m), ou poursuivre directement vers le Rifugio Bertone sur le sentier de l'étape 5. En haute saison, réserver au moins un mois à l'avance est vivement recommandé pour Courmayeur.

La suite du TMB

Courmayeur est la porte d'entrée du Val Ferret italien. L'étape suivante monte vers le Rifugio Bonatti, l'un des refuges les mieux situés de tout le circuit, face aux Grandes Jorasses et à la Dent du Géant. La variante par la crête du Mont de la Saxe offre l'un des plus beaux belvédères des Alpes.

Pour replacer cette étape dans l'ensemble du circuit, le guide complet du Tour du Mont-Blanc détaille les 11 étapes, les variantes, les périodes idéales et la logistique complète. Si vous souhaitez vivre le TMB en version confort avec hébergements sélectionnés et un guide dédié, le TMB en 7 jours avec Altimood condense le meilleur du circuit sur une semaine.

Si vous arrivez de l'étape 3 depuis Les Chapieux, vous connaissez déjà la face sud du Mont-Blanc. Cette étape vous en rapproche encore.

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